Je photographie pour donner de l’importance à ce que je vois.

Les images sont partout, de plus en plus générées par IA. Dès lors la photographie semble futile, voire condamnée. Mais c’est précisément dans cette apparente futilité qu’elle révèle son véritable rôle, tant qu’elle reste humaine.

Face à la perte, à l’émerveillement, au doute ou à l’amour, l’image devient langage, dialogue entre le photographe et son regardeur. Photographier c’est participer à cette conversation.

Lignes, formes, textures, ombres… Autant d’éléments qui façonnent mon univers visuel, qui soulignent ce qui passerait probablement inaperçu. Chaque image est une tentative d’épure, une recherche de l’essentiel, un dialogue silencieux entre le visible et l’invisible.

Je ne privilégie quasiment jamais l’instant (excepté en photo de rue). La plupart de mes sujets pourraient être capturés aujourd’hui, hier ou demain. Mon regard se pose sur ce qui traverse le temps sans être altéré par lui. Il ne s’agit pas tant de documenter que de traduire une perception, de fixer une résonance intérieure. Photographier, c’est se confronter à l’éphémère tout en cherchant à en préserver la trace, à inscrire une sensation fugace dans la permanence du cadre.

Je photographie peu les gens, mais j’évoque leur présence à travers les traces qu’ils laissent derrière eux : une empreinte sur le sol, un objet abandonné, une ombre portée. Leur absence devient une présence latente, un écho de leur passage. Ma photographie n’est pas humaniste au sens traditionnel du terme, mais elle n’est pas pour autant dénuée d’empathie. Elle oscille entre distance et fascination, entre détachement et sensibilité.

Je désespère souvent de l’humanité, de sa brutalité, de son inconséquence. Mais en même temps, je m’émerveille de ses prouesses artistiques, scientifiques, de son génie créatif. Nous sommes capables du meilleur comme du pire. Cette contradiction m’habite et transparaît peut-être dans mes images. Une certaine forme de mélancolie, d’interrogation sur ce que nous laissons derrière nous. Je suis, en quelque sorte, un misanthrope humaniste.

Photographier est pour moi un moyen d’extérioriser ce qui me traverse à un instant donné, dans un lieu précis. C’est une quête intime, non pour relater fidèlement le monde, mais pour en préserver une trace sensible, une empreinte du regard que je porte sur lui. Mon ambition est davantage poétique que journalistique : montrer ce que l’on ne voit plus, absorbés par le rythme effréné du quotidien. Déceler la beauté dans la banalité, révéler l’harmonie d’un détail ignoré, capter le mystère d’une lumière fuyante.

Le silence a une place essentielle dans ma photographie. Il ne s’agit pas d’accumuler des images mais de trouver, dans la simplicité d’une composition, une intensité particulière. Chaque ligne, chaque ombre, chaque contraste devient manière de suggérer plutôt que d’imposer. L’absence devient présence, le vide un espace d’interprétation.

Photographier est un acte solitaire et contemplatif, une manière d’habiter le temps, d’exprimer ce que les mots peinent parfois à dire.

À travers mes images, j’espère inviter à une pause, à une respiration, à une autre manière de voir. Une invitation à ralentir, à observer autrement, à retrouver une forme d’émerveillement dans l’ordinaire.

 

MON PAYS D'EAU ET DE CIEL

3 au 31 mars 2026

Maison de site des salines

Villeneuve Lès Maguelone

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